Douze conclusions de bilan commentées, par profil clinique
Par Rémi ALTINA — publié le — 17 min de lecture
La conclusion est la partie du bilan qui voyage. C'est elle que lit le médecin, elle que l'enseignant recopie dans le PAP, elle que la commission instruit. Le reste du document sert à la justifier.
Voici douze conclusions telles que je les écris, classées par profil, avec ce qui fonctionne dans chacune. Ce sont des trames : elles se reprennent et s'adaptent, elles ne se recopient pas telles quelles.
Famille 1 — Dysgraphie avec passage à l'ordinateur
Le profil le plus fréquent en pédiatrie libérale, et celui qui appelle le plus de variantes.
1. Dysgraphie qualitative — la trame de base
On observe sur l'ensemble du bilan des difficultés graphomotrices. [Prénom] présente une dysgraphie qualitative. En dictée la dégradation s'accentue. L'écriture manuscrite devient parfois illisible, avec des lettres ambiguës. Ses difficultés sont à prendre en compte au niveau scolaire.
Les autres tests ont donné des résultats positifs, avec de bonnes capacités cognitives globales, mais on retrouve globalement une lenteur d'exécution et des erreurs par inattention, qui peuvent être spontanément corrigées si [Prénom] a le temps de relire.
Le tiers-temps supplémentaire est préconisé compte tenu de cette problématique, en situation d'écrit ou d'examen.
Ce qui fonctionne. La conclusion nomme la difficulté, puis dit immédiatement ce qui est préservé — « de bonnes capacités cognitives globales ». Cette phrase change la façon dont les parents reçoivent le document, et elle est vraie : c'est justement parce que le potentiel est là que l'écriture le masque.
La phrase sur les erreurs corrigées « si [Prénom] a le temps de relire » n'est pas une nuance de style : c'est la justification fonctionnelle du tiers-temps, glissée dans la description. La commission n'a pas à la déduire, elle la lit.
2. Dysgraphie liée à une surcharge cognitive
[Prénom] présente une dysgraphie liée à une surcharge cognitive. L'écriture est fortement impulsive et se dégrade rapidement avec l'apparition de lettres ambiguës. En dictée on retrouve une dégradation encore plus importante de la qualité de l'écriture.
On note un besoin de rappel et de reformulation des consignes. Le bilan met en évidence une lenteur d'exécution sur certains tests. On retrouve globalement une fatigabilité d'apparition rapide.
Ce qui fonctionne. Le mot « surcharge » fait le lien entre l'écriture et le reste du profil sans poser de diagnostic. On décrit un mécanisme — le geste consomme des ressources qui manquent ailleurs — et ce mécanisme explique à la fois la dégradation graphique et le besoin de reformulation.
La comparaison copie / dictée revient dans presque toutes ces conclusions. C'est le comparatif le plus démonstratif du bilan : même enfant, même geste, une contrainte en plus.
3. Dysgraphie par lenteur pathologique
[Prénom] présente une dysgraphie — lenteur d'écriture pathologique — liée à une surcharge cognitive. L'écriture est fortement ralentie, [Prénom] privilégiant la qualité à la vitesse. En dictée on retrouve une lenteur encore plus importante.
Le bilan met en évidence une lenteur d'exécution sur l'ensemble des tests. On retrouve une fatigabilité d'apparition rapide liée au profil de trouble de l'attention avec surcharge cognitive.
Ce qui fonctionne. « [Prénom] privilégiant la qualité à la vitesse » décrit une stratégie, pas un déficit. C'est important : cet enfant-là fait un choix coûteux pour rester lisible, et c'est exactement ce qui justifie le temps supplémentaire.
Noter aussi la précision « sur l'ensemble des tests » : une lenteur qui se retrouve partout n'est pas une lenteur d'écriture, c'est une lenteur d'exécution. La distinction oriente les préconisations.
4. Dysgraphie avec troubles du langage écrit
[Prénom] présente une dysgraphie — lenteur d'écriture pathologique — liée à une surcharge cognitive et à des difficultés en langage écrit. L'écriture est fortement ralentie. En dictée on retrouve une lenteur encore plus importante, avec des signes de troubles du langage écrit.
On note un besoin de rappel et de reformulation des consignes. Le bilan met en évidence une fatigabilité d'apparition rapide.
Ce qui fonctionne. « Des signes de » plutôt que « une dyslexie ». La formulation reste dans le champ de l'ergothérapeute — décrire ce qui est observé — et laisse l'orthophoniste et le médecin conclure. C'est la limite professionnelle en action, pas en théorie.
5. Dysgraphie avec difficultés praxiques
[Prénom] présente une dysgraphie liée à une surcharge cognitive et à des difficultés praxiques. L'écriture est fortement impulsive et se dégrade rapidement.
Le bilan met en évidence des difficultés praxiques marquées, cohérentes avec les éléments des bilans précédents. On retrouve des difficultés visuospatiales et visuoconstructives qui ont un impact sur l'écriture, sur la manipulation des outils scolaires et sur la prise en compte des informations.
Ce qui fonctionne. La conclusion relie explicitement le résultat visuospatial à trois situations de vie : l'écriture, les outils, la prise d'information. C'est la règle qui structure tout bilan utilisable — un chiffre, une situation. Sur ce que mesurent réellement ces épreuves, voir la Figure de Rey : cotation et interprétation.
La référence aux bilans antérieurs est également utile : elle inscrit le document dans un parcours au lieu d'en faire une photographie isolée.
Famille 2 — Fragilité sans dysgraphie pathologique
Le groupe le plus délicat à écrire, parce qu'il faut à la fois dire « ce n'est pas pathologique » et « il faut quand même faire quelque chose ».
6. Fragilité du graphisme avec troubles du langage écrit
[Prénom] présente une fragilité au niveau du graphisme, liée à une crispation et à des difficultés en langage écrit. L'écriture est impulsive et se dégrade rapidement.
En dictée, la dégradation est plus importante et l'on observe des signes de troubles du langage écrit. La vitesse imposée par la dictée ne lui permet pas de prendre en compte l'ensemble des paramètres moteurs et de langage : les erreurs d'orthographe peuvent être partiellement corrigées s'il dispose de plus de temps.
Le tiers-temps supplémentaire est à mettre en place, en situation d'écrit et lors des examens.
Ce qui fonctionne. « Fragilité » plutôt que « dysgraphie ». Le mot est choisi, et il tient : on ne surqualifie pas pour obtenir un aménagement. La phrase sur les paramètres moteurs et de langage explique pourquoi le temps supplémentaire répare quelque chose — ce n'est pas du confort, c'est ce qui permet à l'enfant d'accéder à ses propres compétences.
7. Fragilité avec crispation et douleurs
On observe sur l'ensemble du bilan des difficultés et une fatigabilité en situation de double tâche.
[Prénom] présente une fragilité au niveau du graphisme, avec une écriture impulsive parfois difficilement lisible, associée à une forte crispation liée à une surcharge cognitive. En dictée, la lenteur s'accentue avec des douleurs de crispation au poignet ; l'écriture nécessite des pauses et sa qualité se dégrade.
Les autres tests ont donné des résultats positifs, mais on retrouve une lenteur d'exécution et des erreurs par inattention.
Ce qui fonctionne. La douleur est nommée. C'est l'élément le plus concret d'un bilan de dysgraphie et le plus souvent absent des comptes-rendus, parce que les enfants ne la signalent pas spontanément — beaucoup la croient normale. Une commission qui lit « douleurs de crispation au poignet » n'a pas besoin qu'on lui explique le retentissement.
8. Pas de dysgraphie, mais une vigilance à tenir
[Prénom] ne présente pas de dysgraphie, que ce soit au niveau quantitatif ou qualitatif. On note toutefois une importante crispation.
On observe des difficultés en situation de double tâche, lorsque [Prénom] doit prendre en compte à la fois l'écoute du texte, sa retranscription et la recherche orthographique.
Les autres tests ont donné des résultats positifs, avec un bon niveau de compensation, mais on retrouve des fragilités : une lenteur d'exécution dans les tests qui mettent en jeu des informations multiples.
Il faudra être vigilant que les difficultés n'augmentent pas avec la multiplication des prises de notes et l'augmentation des attendus scolaires.
Ce qui fonctionne. Conclure « pas de dysgraphie » est une décision, et elle s'assume dès la première phrase. La suite ne se contredit pas : elle décrit un enfant qui compense, et qui compense à un coût.
La dernière phrase est celle qui rend la conclusion utile : elle projette dans le temps. Un enfant qui tient en CM2 grâce à sa compensation peut ne plus tenir en 5e, quand le volume de notes triple. Écrire cette phrase, c'est éviter que la famille revienne dans dix-huit mois en ayant l'impression d'avoir perdu du temps.
9. Trouble du langage écrit seul
[Prénom] ne présente pas de dysgraphie au sens pathologique du terme. On retrouve une fragilité du graphisme — une lenteur — associée à une crispation liée à une surcharge cognitive en situation d'écrit.
En dictée, la lenteur s'accentue avec une dégradation liée au rythme imposé, mais avec un haut niveau de compensation. Ses difficultés sont à prendre en compte au niveau scolaire. Les autres tests ont donné des résultats positifs.
Ce qui fonctionne. « Au sens pathologique du terme » est une précision de trois mots qui évite un malentendu fréquent : les parents entendent souvent « pas de dysgraphie » comme « il n'a rien ». La phrase suivante dit l'inverse, et l'ordre des deux compte.
Famille 3 — Profils attentionnels
10. TDAH sans dysgraphie pathologique
On retrouve des difficultés sur le versant quantitatif du graphisme en copie. La charge attentionnelle demandée par le geste graphique est importante, avec un ralentissement de l'écriture au cours du test et une fatigue cognitive d'apparition rapide.
En dictée, on note une importante crispation en situation de double tâche. La qualité graphique est plus dégradée qu'en copie, avec une altération des liens entre les lettres et un défaut de fluidité. On observe la multiplication des erreurs d'orthographe par inattention.
Les autres tests montrent des difficultés attentionnelles, parfois une impulsivité du geste, et une fatigabilité cognitive d'apparition rapide.
Des aménagements pédagogiques sont nécessaires pour la suite de la scolarité.
Ce qui fonctionne. « Un ralentissement de l'écriture au cours du test ». C'est une observation d'évolution intra-tâche, et elle vaut plus qu'un score final : elle documente la fatigabilité au lieu de l'affirmer.
C'est aussi ce qui distingue un profil attentionnel d'un profil graphomoteur pur — l'un se dégrade dans le temps, l'autre est d'emblée déficitaire.
11. TDAH avec dysgraphie, jeune enfant
[Prénom] présente un profil associant des difficultés attentionnelles importantes et une dysgraphie qualitative consécutive à ces difficultés, qui impactent significativement sa scolarité.
Sur le plan graphique, l'écriture est caractérisée par une dégradation qualitative importante, avec une forte crispation du geste, des erreurs par inattention et une précipitation motrice. La qualité graphique est pathologique dès le début de l'activité et se dégrade rapidement sous l'effet de la fatigabilité cognitive.
Les évaluations visuoperceptives et visuoconstructives mettent en évidence des difficultés de planification et d'organisation du geste. L'impulsivité motrice interfère avec la qualité d'exécution et la prise en compte des consignes.
Ces difficultés nécessitent un accompagnement spécialisé et des aménagements pédagogiques adaptés pour permettre à [Prénom] de valoriser son potentiel scolaire.
Ce qui fonctionne. Le mot « consécutive » pose une hypothèse de causalité — la dysgraphie découle des difficultés attentionnelles — sans la présenter comme un fait établi. C'est ce que permet une conclusion d'ergothérapeute : articuler des observations, pas trancher une étiologie.
« Pathologique dès le début de l'activité et se dégrade » distingue deux mécanismes en une phrase. Chez ce profil-là, la rééducation du geste a du sens, contrairement au profil précédent.
12. TDAH avec dyslexie — vers une aide humaine
[Prénom] présente une lenteur d'écriture liée à une surcharge cognitive, privilégiant la qualité à la vitesse. En dictée, la lenteur s'accentue et la qualité se dégrade pour suivre le rythme.
Le bilan met en évidence une lenteur d'exécution sur l'ensemble des tests et une fatigabilité d'apparition rapide. La qualité de l'écriture et la compréhension ont tendance à se dégrader au cours du bilan.
Le tiers-temps supplémentaire est indispensable, en situation d'écrit et lors des examens.
Les difficultés observées justifient la demande d'un accompagnement par une AESH. Elles impactent la capacité de [Prénom] à suivre le rythme de la classe de manière autonome : besoin de supervision, rappel des consignes, gestion du temps.
Ce qui fonctionne. La demande d'AESH est justifiée par trois besoins nommés — supervision, rappel des consignes, gestion du temps — et pas par la gravité générale du tableau. Une commission n'instruit pas « l'enfant est en difficulté » ; elle instruit une liste de besoins auxquels une aide humaine répond.
« Se dégrader au cours du bilan » est encore une observation d'évolution : elle transforme une séance d'évaluation en donnée.
Les cinq constantes
En relisant ces douze textes côte à côte, cinq choses reviennent — et ce sont elles qui rendent une conclusion utilisable.
Le comparatif copie / dictée. Même enfant, même geste, une contrainte en plus. C'est la démonstration la plus économique du bilan.
Ce qui est préservé, toujours mentionné. « Les autres tests ont donné des résultats positifs » apparaît dans presque toutes. Ce n'est pas de la politesse : un bilan qui n'énumère que des déficits est refusé par les familles et lu de travers par les enseignants.
Le mécanisme, pas seulement le constat. Surcharge cognitive, double tâche, fatigabilité, compensation : ces mots relient les résultats entre eux. C'est ce qui distingue une analyse d'une juxtaposition de scores.
L'observation d'évolution. « Au cours du test », « au cours du bilan », « dès le début de l'activité ». Une dégradation observée dans le temps vaut plus qu'un score final, parce qu'elle documente le coût.
La justification portée par la description. Le tiers-temps, l'AESH, l'ordinateur ne sont jamais demandés au nom de la gravité : ils sont justifiés par une phrase de description placée plus haut. La commission n'a rien à déduire.
Sur la structure complète du document dans lequel ces conclusions s'insèrent, et sur ce qui fait rejeter un dossier : la trame du bilan ergothérapique. Sur la formulation des préconisations qui suivent : les aménagements scolaires pour un élève dysgraphique.
Questions fréquentes
- Peut-on réutiliser des trames de conclusion d'un bilan à l'autre ?
- Oui, et il le faut : réécrire chaque conclusion de zéro fait perdre du temps sans gagner en qualité. La règle est de partir d'une banque de formulations neutre, jamais du bilan d'un autre enfant — c'est ainsi qu'un prénom finit par rester dans une phrase.
- Que doit contenir une conclusion de bilan d'ergothérapie ?
- Trois à six phrases lisibles seules, qui disent ce qui est en difficulté en termes fonctionnels, ce qui est préservé, le retentissement sur la scolarité et l'autonomie, et l'indication ou non d'un suivi. Une conclusion qui ne liste que des déficits est incomplète.
- Comment justifier un tiers-temps dans une conclusion ?
- Par une phrase de description placée plus haut, pas par la gravité générale du tableau. « Les erreurs peuvent être spontanément corrigées si l'enfant a le temps de relire » justifie le tiers-temps en le décrivant : la commission n'a rien à déduire.
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