Aménagements scolaires pour un élève dysgraphique : la liste complète
Par Rémi ALTINA — publié le — 8 min de lecture
Un aménagement scolaire ne se refuse presque jamais sur le fond. Il se refuse sur la forme : parce qu'il est formulé de façon trop vague pour être instruit, parce qu'il n'est justifié par rien de chiffré, ou parce qu'il a été demandé au mauvais interlocuteur.
Voici la liste complète des aménagements utiles pour un élève dysgraphique, avec pour chacun ce qu'on demande, à qui, et avec quel justificatif.
Le préalable : la bonne porte
Beaucoup de temps se perd à demander la bonne chose au mauvais endroit.
| Ce que vous voulez | Le dispositif | Qui décide |
|---|---|---|
| Adapter le quotidien de la classe | Aucun, ou un PPRE | L'équipe pédagogique |
| Formaliser des adaptations pour un trouble durable | PAP | Le médecin scolaire, sur proposition de l'équipe |
| Ouvrir des droits (matériel, AESH, orientation) | PPS | La MDPH |
| Gérer une pathologie somatique au quotidien | PAI | Le médecin scolaire |
Pour la très grande majorité des élèves dysgraphiques sans autre besoin, le PAP suffit. Il ne demande pas de dossier MDPH, il se met en place dans l'établissement, et il couvre l'essentiel des aménagements pédagogiques et d'examen.
Le PPS devient nécessaire quand il faut du matériel financé, une AESH, ou une décision qui engage l'orientation.
Les aménagements pédagogiques
Ceux qui ne coûtent rien, ne demandent aucun dossier, et changent le plus la vie de l'élève au quotidien.
Réduire ce qu'il faut écrire
- Photocopie des cours, l'élève surlignant plutôt que copiant. C'est l'aménagement au meilleur rapport effet/effort de toute la liste.
- Textes à trous plutôt que copie intégrale, pour les leçons à structure fixe.
- Réduction de la quantité en exercices répétitifs : cinq opérations bien posées valent quinze bâclées.
- Ne pas faire recopier un exercice raté pour la forme. Le bénéfice pédagogique est nul, le coût est réel.
Alléger la double tâche
- Ne pas noter l'orthographe dans les matières où ce n'est pas l'objet de l'évaluation.
- Donner les consignes à l'oral en plus de l'écrit, ou vérifier qu'elles ont été comprises avant le démarrage.
- Accepter les réponses courtes quand le contenu est ce qui est évalué.
- Autoriser l'oral pour une partie des évaluations, quand c'est possible.
Le matériel de classe
- Cahiers à lignage adapté, seyès agrandi si besoin.
- Outil scripteur au choix de l'élève — celui avec lequel il écrit le mieux, pas celui de la liste de fournitures.
- Plan incliné, repose-pieds si les pieds ne touchent pas le sol.
- Place dans la classe permettant de voir le tableau sans torsion du tronc.
Les aménagements matériels
L'ordinateur, essentiellement — et il ne se prescrit pas à la légère.
Le matériel ne compense rien tout seul : ce qui compense, c'est la compétence à s'en servir, et elle se construit en séance sur plusieurs mois. Les critères de décision, le seuil de bascule et ce qui ne doit pas la déclencher sont détaillés dans quand faire passer un enfant dysgraphique à l'ordinateur.
Ce qui doit accompagner la demande, sous peine d'un ordinateur qui dort dans le cartable :
- Le circuit du document : comment l'élève reçoit les supports, comment il rend son travail, où ça s'imprime.
- Les logiciels effectivement nécessaires, pas une liste de principe.
- Le temps d'apprentissage prévu, avec un objectif chiffré de vitesse de frappe.
- L'engagement de l'établissement sur l'usage en classe.
Les aménagements d'examen
Ceux qui se demandent formellement, avec des délais que personne ne peut rattraper.
- Temps majoré d'un tiers pour les épreuves écrites. À justifier par une mesure, pas par une appréciation.
- Secrétaire — quelqu'un qui écrit sous la dictée de l'élève.
- Usage de l'ordinateur personnel, à condition qu'il soit déjà l'outil de travail habituel. Un ordinateur découvert pour l'examen est un handicap supplémentaire.
- Sujets adaptés : police agrandie, aération, une consigne par bloc.
- Dispense ou adaptation de certaines épreuves, selon les cas.
Formuler pour être appliqué
C'est ici que se joue la différence entre un bilan qui sert et un bilan qui dort dans un classeur.
Chaque préconisation doit répondre à quatre questions : quoi, pour quoi faire, dans quelle situation, à quelle échéance on réévalue.
| Formulation à éviter | Formulation opérationnelle |
|---|---|
| Aménagements scolaires à prévoir | Photocopie des cours fournie en histoire-géographie et en sciences, l'élève surlignant plutôt que copiant — à réévaluer en janvier |
| Tiers-temps recommandé | Temps majoré d'un tiers aux évaluations écrites de plus de 30 minutes, justifié par une vitesse d'écriture au percentile 6 |
| Envisager l'outil informatique | Apprentissage du clavier, deux séances de 15 min par semaine, objectif 20 mots/min avant l'entrée en 6e |
| Adapter les supports | Police sans empattement corps 14, interligne 1,5, une consigne par bloc, sur tous les supports écrits |
Trois principes derrière ce tableau :
- Chiffrer le retentissement. « Difficultés importantes en écriture » n'est pas instruisable. « Environ trois fois moins de texte produit que la moyenne de la classe sur un temps donné » l'est.
- Nommer les situations. Un aménagement valable partout n'est appliqué nulle part.
- Dater la réévaluation. C'est ce qui empêche un aménagement de devenir une étiquette permanente.
Sur la structure complète du document et ce qui fait rejeter un dossier, voir la trame du bilan ergothérapique. Sur ce qu'il faut mesurer avant de préconiser, voir les quatre dimensions d'une évaluation de dysgraphie.
Trois erreurs qui coûtent cher
Demander tout, tout de suite. Une liste de quinze aménagements produit un dossier moins crédible qu'une liste de cinq justifiés. Et elle est ingérable pour l'enseignant qui doit l'appliquer.
Oublier l'élève. Un aménagement qu'il refuse ne sera pas utilisé. Lui demander ce qui l'aiderait, et ce qui le gênerait devant ses camarades, fait partie de l'évaluation.
Ne jamais réévaluer. Les besoins changent : un aménagement utile en CM1 peut être inutile en 4e, ou insuffisant. Une réévaluation annuelle est le minimum, et elle se planifie dans le bilan initial.
Questions fréquentes
- PAP ou PPS pour un élève dysgraphique ?
- Pour la grande majorité des élèves dysgraphiques sans autre besoin, le PAP suffit : il se met en place dans l'établissement, sans dossier MDPH, et couvre l'essentiel des aménagements pédagogiques et d'examen. Le PPS devient nécessaire quand il faut du matériel financé, une AESH ou une décision qui engage l'orientation.
- Quand demander un tiers-temps pour un examen ?
- Dès la rentrée de l'année de l'examen. Les demandes d'aménagement d'examen se déposent bien en amont de l'épreuve, avec des dates fixées académie par académie. Une demande déposée tard est rejetée quel que soit son bien-fondé.
- Faut-il un bilan pour obtenir des aménagements ?
- Pour les aménagements pédagogiques du quotidien, non : l'équipe pédagogique peut les mettre en place. Pour un PAP, un PPS ou des aménagements d'examen, un bilan est nécessaire — et c'est sa précision qui compte : un retentissement chiffré et des préconisations situation par situation.
Ce que l'enseignant doit adapter dès demain
Dans ErgoExercices Pro, les préconisations se rédigent depuis une banque de phrases types pré-écrites et s'exportent en Word à la charte de votre cabinet — le document que l'équipe éducative lira en premier.
Sans carte bancaire. L'essai s'arrête tout seul.
Le générateur d'exercices reste gratuit et sans limite, avec ou sans abonnement Pro. Hébergement en France, conforme RGPD.