Figure de Rey : cotation et interprétation chez l'enfant

Par Rémi ALTINA — publié le — 10 min de lecture

La Figure de Rey est un test que beaucoup d'ergothérapeutes passent et que peu exploitent à fond. On note le score, on écrit « capacités visuospatiales dans la norme », et on passe à la suite — en laissant de côté les deux informations qui, en pratique, orientent le plus : la façon dont l'enfant a construit la figure, et le temps qu'il y a mis.

Ce que la figure évalue vraiment

En ergothérapie, on l'utilise pour évaluer le traitement et la planification visuospatiale : la capacité à percevoir une organisation d'ensemble dans une forme complexe, puis à la reproduire en construisant plutôt qu'en juxtaposant.

Ce n'est pas un test de dessin, et ce n'est pas un test de mémoire — sauf dans sa seconde phase, qui est une épreuve à part.

En pédiatrie et jusqu'à l'âge adulte jeune, c'est la figure A qui s'utilise, cotée sur 36 points. Il existe une figure B pour les plus jeunes enfants : le choix se fait sur l'âge, et il se note dans le compte-rendu.

Les trois informations à recueillir

1. Le score de copie

Le plus simple à obtenir et le moins riche à lui seul. Il dit si les éléments sont présents et correctement placés.

Il s'exprime en score brut, puis se convertit en écart-type par rapport à l'étalonnage de la bande d'âge. Sur ce point — et sur les erreurs de conversion qui faussent silencieusement une interprétation —, voir convertir une note brute en écart-type, note standard et percentile, ou faire le calcul directement dans le convertisseur.

2. Le type de construction

C'est l'information la plus utile, et la plus souvent négligée.

Un enfant qui construit sur armature perçoit le grand rectangle central comme structure porteuse, puis y accroche les détails. C'est le mode mature, et c'est celui qu'on attend à partir d'un certain âge.

Un enfant qui commence par un détail de la structure externe, puis tente d'imbriquer des éléments internes sans jamais percevoir le rectangle comme armature, produit parfois un score honorable — mais il a procédé par juxtaposition. Il a copié, il n'a pas construit.

Cette distinction change la conclusion. Deux enfants au même score, l'un ayant construit et l'autre juxtaposé, n'ont pas la même stratégie visuospatiale et n'appellent pas les mêmes préconisations.

3. Le temps d'exécution

Il se chronomètre systématiquement, et il se lit indépendamment du score.

C'est le cas de figure le plus fréquent dans ma pratique : un score de copie correct, voire supérieur à la norme, avec un temps d'exécution nettement au-delà de ce qu'on attend pour l'âge. Les capacités visuospatiales sont bonnes, il n'y a pas de difficulté d'organisation ni de planification — et pourtant il y a un problème, parce qu'en classe le temps est compté.

Un score seul aurait conclu « dans la norme ». Le temps dit l'inverse.

Les quatre profils qu'on rencontre

ScoreTempsType de constructionCe que ça oriente
CorrectNormalSur armatureVisuospatial préservé — chercher ailleurs si plainte
CorrectTrès lentSur armatureLenteur d'exécution isolée — le profil le plus fréquent, et le plus sous-estimé
FaibleNormal ou lentPar juxtapositionDifficulté de planification et d'organisation — cœur de cible ergo
FaibleTrès lentVariableChercher la fatigabilité et la contrainte de temps avant de conclure

La dernière ligne mérite un mot. Un résultat en deçà des attentes n'est pas toujours une difficulté visuoconstructive : chez un enfant fatigable, ou qui se met en difficulté dès qu'il perçoit une contrainte de temps ou une dimension compétitive, le score s'effondre pour une raison qui n'a rien de visuospatial. C'est une hypothèse à vérifier avant de conclure, pas après.

La reproduction de mémoire

Elle ne mesure pas la même chose, et elle ne se substitue pas à la copie.

Demandée après un délai, elle interroge la mémoire de travail visuelle et la qualité de l'encodage. Une restitution correcte après une copie correcte confirme que l'enfant a bien construit une représentation, et pas seulement reproduit trait à trait.

Deux lectures utiles :

  • Copie correcte, mémoire correcte — l'enfant a construit une représentation structurée, il n'a pas seulement recopié. C'est ce qu'on souhaite lire.
  • Copie correcte, mémoire effondrée — la reproduction s'est faite sans structuration interne. À croiser avec le type de construction observé pendant la copie : le plus souvent, on retrouvera une juxtaposition.

La lenteur, elle, persiste souvent d'une phase à l'autre. Une lenteur en copie ET en mémoire n'est pas une difficulté visuospatiale : c'est une lenteur d'exécution, et elle se retrouvera partout ailleurs dans le bilan.

Les erreurs qui faussent l'interprétation

Coter sans avoir noté le déroulement. Une fois la feuille rendue, le type de construction n'est plus reconstituable. C'est l'information la plus précieuse du test, et la plus facile à perdre.

Ne pas chronométrer. Sans le temps, la moitié des profils cliniques deviennent invisibles — à commencer par le plus fréquent.

Conclure sur le seul score. « Résultat dans la norme » écrit sans mention du temps ni du type de construction est un compte-rendu qui n'a pas exploité son test.

L'effet de halo. Comme sur toute cotation de production graphique : on se forme une impression globale, et on cote dans son sens. La parade est la même que pour le BHK — coter élément par élément, à froid, à distance de la séance.

Prendre la mauvaise bande d'âge. L'étalonnage se fait sur l'âge exact à la date de passation, pas sur un âge arrondi ni sur le niveau scolaire.

Interpréter isolément. La figure ne se lit pas seule. Croisée avec une épreuve de praxies constructives graphiques et avec un test d'exploration visuelle, elle permet de distinguer une difficulté de planification d'une difficulté d'exploration ou d'un trouble praxique. Séparée du reste, elle dit peu.

Ce que la figure ne dit pas

  • Elle ne dit rien du geste graphique. Un enfant peut construire parfaitement la figure et écrire de façon illisible. Ce sont deux choses différentes — pour l'écriture, voir les quatre dimensions d'une évaluation de dysgraphie.
  • Elle ne dit rien du coût. Comme tous les tests, elle mesure une performance, pas l'effort qu'elle a demandé.
  • Elle ne diagnostique rien. Un score bas oriente vers une difficulté de traitement visuospatial ; il ne pose pas de trouble. L'ergothérapeute décrit et mesure, le médecin diagnostique.
  • Elle ne se suffit pas. C'est une pièce d'un ensemble, et son intérêt vient largement de ce qu'elle confirme ou contredit dans le reste du bilan.

Ce qu'on en écrit

Trois phrases suffisent, si elles disent les trois informations.

Et comme pour tout le reste du bilan : rapporter le résultat à une situation de vie réelle. Une lenteur d'exécution sur la figure ne convainc personne ; la même lenteur reliée à des copies de cours incomplètes et à des évaluations non terminées convainc une commission. Sur ce point, voir la trame complète du bilan.

Questions fréquentes

La Figure de Rey mesure-t-elle la mémoire ?
Seulement dans sa seconde phase. La copie évalue le traitement et la planification visuospatiale ; la reproduction de mémoire, demandée après un délai, interroge la mémoire de travail visuelle et la qualité de l'encodage. Ce sont deux épreuves distinctes, et la seconde ne remplace pas la première.
Un bon score à la copie signifie-t-il que tout va bien ?
Non, et c'est le cas de figure le plus fréquent. Un score correct obtenu en un temps très supérieur à la norme est un résultat pathologique : les capacités visuospatiales sont préservées, mais la lenteur d'exécution aura des conséquences en classe. Sans chronométrage, ce profil est invisible.
Faut-il noter la façon dont l'enfant construit la figure ?
Oui, et c'est l'information la plus précieuse du test : elle disparaît définitivement une fois la feuille rendue. Un enfant qui perçoit le rectangle central comme armature construit ; un enfant qui juxtapose des détails sans jamais percevoir cette structure peut obtenir un score honorable par un tout autre chemin.

Du score brut à la zone d'interprétation

Dans ErgoExercices Pro, la cotation de la Figure de Rey est calculée automatiquement — score brut, écart-type, zone d'interprétation — et s'intègre directement au tableau de synthèse du bilan, à côté du type de construction et du temps que vous avez relevés. Les barèmes s'activent sur envoi de votre preuve d'achat du test.

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Rémi ALTINA, ergothérapeute D.E.

Écrit par

Rémi ALTINA

Ergothérapeute D.E., fondateur d'ErgoExercices

Cabinet ALTERGO34, Castries (34)

Quinze années passées dans un groupe de santé du Languedoc-Roussillon sur la réadaptation et le maintien de l'autonomie, puis l'installation en libéral. Il intervient aujourd'hui auprès d'enfants, à leur domicile comme dans leur établissement scolaire, et les accompagne notamment dans l'intégration des outils numériques facilitateurs.

Il a créé une app de lecture adaptée, Les P'tits Monstres DYS, distinguée par le Trophée RSE AXA Sud-Est dans la catégorie Prévention, ainsi qu'ErgoExercices, pour optimiser le suivi des patients et faciliter la rédaction des bilans. Père de trois enfants.

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