Objectifs thérapeutiques en ergothérapie : les formuler pour qu'ils servent

Par Rémi ALTINA — publié le — 8 min de lecture

« Travailler la motricité fine. » « Améliorer l'écriture. » « Développer l'autonomie. » Ces objectifs figurent dans des milliers de dossiers, et aucun ne sert à quoi que ce soit : on ne peut ni les suivre, ni savoir quand ils sont atteints, ni les montrer à quiconque.

Un objectif utile répond à une question simple : comment saurai-je, dans trois mois, que c'est acquis ?

Pourquoi les objectifs vagues sont si fréquents

Ce n'est pas de la négligence. C'est qu'un objectif précis engage : il peut ne pas être atteint, et ça se verra.

Un objectif vague ne peut pas échouer. C'est précisément pour ça qu'il est inutile — pour l'enfant, pour la famille, et pour vous. Au bout de six mois, personne ne peut dire si le travail a produit quelque chose, et la question « est-ce qu'on continue ? » n'a aucune base.

SMART, traduit en ergothérapie pédiatrique

L'acronyme est connu et rarement appliqué. Ce qu'il donne, appliqué à une séance d'ergo :

LettreEn théorieEn ergothérapie pédiatrique
SpécifiquePrécisUne tâche nommée, pas un domaine. « Écrire son prénom », pas « le graphisme »
MesurableQuantifiableUn chiffre ou une observation binaire. « 20 mots/min », « sans modèle », « sans aide verbale »
AtteignableRéalisteUn pas depuis le niveau actuel, pas la cible finale
RéalistePertinentUtile dans la vie de l'enfant, pas seulement en séance
TemporelDatéUne échéance à laquelle on réévalue, écrite d'avance

Les deux lettres qui manquent le plus souvent sont M et T. Sans critère mesurable, l'objectif ne se clôt jamais ; sans échéance, il ne se rediscute jamais.

Trois objectifs réécrits

VagueUtilisable
Travailler la motricité fineBoutonner seul un gilet à cinq boutons en moins de deux minutes, sans aide verbale — réévalué en janvier
Améliorer l'écritureÉcrire une phrase de dix mots en écriture cursive lisible par un tiers, sur ligne seyès, sans modèle — réévalué à trois mois
Développer l'autonomie numériqueAtteindre 20 mots/min en frappe au clavier, regard hors du clavier, avant l'entrée en 6e

Trois remarques sur la colonne de droite.

Elles nomment une tâche réelle. Boutonner un gilet, écrire une phrase, taper un texte : ce sont des choses que l'enfant fait ou ne fait pas dans sa vie. C'est ce qui distingue un objectif d'ergothérapie d'un objectif d'entraînement.

Elles contiennent leur propre critère de réussite. « Sans aide verbale », « lisible par un tiers », « regard hors du clavier » : on sait à quoi ressemble l'atteinte, et on le sait avant de commencer.

Elles sont datées. L'échéance n'est pas une prédiction, c'est un rendez-vous. À cette date, on regarde, et on décide de poursuivre, d'ajuster ou de clore.

Le niveau de départ, sans lequel rien ne se mesure

Un objectif suppose un point de départ écrit. « 20 mots par minute » n'a de sens que si l'on sait qu'on partait de 8.

Ça paraît évident, et c'est ce qui manque le plus souvent dans les dossiers. Sans mesure initiale, une progression réelle devient indémontrable — et une absence de progression, indétectable.

La mesure initiale n'a pas besoin d'être un test étalonné. Un chronomètre, un décompte, une photo de production datée suffisent. Ce qui compte, c'est qu'elle existe et qu'elle soit reproductible dans les mêmes conditions.

Trois à cinq objectifs, pas quinze

Un dossier avec quinze objectifs est un dossier sans objectifs : personne ne les suit, personne ne les clôt, et ils deviennent une liste d'intentions.

Une organisation qui tient :

  • Trois à cinq objectifs actifs, hiérarchisés par priorité.
  • Un statut pour chacun : en cours, atteint, ajusté, abandonné. Un objectif abandonné est une information — il dit qu'on a changé d'hypothèse.
  • Une date de revue commune, alignée sur le rythme de la prise en charge.

Le reste attend. Un objectif qui n'est pas actif n'est pas perdu : il est en file.

Ce que les objectifs deviennent dans les documents

Ils circulent, et ils ne s'écrivent pas de la même façon selon leur destination.

Dans le bilan initial, ils forment la section des préconisations. Elle doit être opérationnelle : quoi, dans quelle situation, avec quelle justification. Sur la formulation qui passe et celle qui fait renvoyer un dossier, voir bilan ergothérapique et MDPH.

Dans les comptes-rendus de séance, ils servent de fil. Rattacher une séance à un objectif transforme une liste d'activités en trajectoire — et rend la synthèse trimestrielle presque automatique.

Dans le bilan de renouvellement, ils sont la démonstration. Un objectif posé, mesuré, réévalué et clos est la preuve la plus solide qu'une prise en charge produit quelque chose. C'est ce qui manque à la plupart des demandes de renouvellement.

Pour l'école, on ne transmet pas les objectifs de rééducation mais leurs conséquences : ce que l'enseignant doit adapter en attendant qu'ils soient atteints. La liste et les formulations sont dans les aménagements scolaires pour un élève dysgraphique.

Associer l'enfant, et ce que ça change

Un objectif que l'enfant ne comprend pas est un objectif qui n'est poursuivi que pendant la séance.

Deux gestes simples, et un effet disproportionné :

  • Formuler l'objectif avec ses mots, à côté de votre formulation professionnelle. « Écrire une phrase que ma maîtresse arrive à lire » est le même objectif que le second du tableau plus haut.
  • Lui montrer où il en est. Un chiffre qui monte fait plus pour l'adhésion que n'importe quel encouragement — c'est vrai pour la vitesse de frappe, et c'est vrai pour à peu près tout ce qui se mesure.

Les attentes de l'enfant, recueillies au bilan et citées entre guillemets, sont d'ailleurs le meilleur point de départ pour choisir les trois premiers objectifs. Elles ne recoupent pas toujours celles des parents, et c'est une information clinique.

Quand un objectif n'est pas atteint

C'est le cas le plus fréquent, et il ne se traite pas en silence.

Trois suites possibles, toutes légitimes, toutes à écrire :

  • Ajuster le niveau. L'objectif était trop haut d'un cran. On le redescend et on garde la direction.
  • Changer de levier. Trois mois de travail ciblé sans évolution mesurable disent quelque chose : la rééducation n'est peut-être plus la bonne réponse, et la compensation devient l'hypothèse à explorer. C'est exactement le raisonnement décrit dans quand faire passer un enfant dysgraphique à l'ordinateur.
  • Clore. Un objectif qui n'a plus de sens dans la vie de l'enfant se ferme, et on le dit.

Ce qui ne se fait pas : le laisser ouvert indéfiniment. Un objectif qui traîne depuis deux ans dans un dossier n'est plus un objectif, c'est un vestige.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un objectif SMART en ergothérapie ?
Un objectif qui nomme une tâche réelle, contient son propre critère de réussite et porte une échéance. « Travailler la motricité fine » n'en est pas un ; « boutonner seul un gilet à cinq boutons en moins de deux minutes, sans aide verbale, réévalué en janvier » en est un.
Combien d'objectifs faut-il poser par patient ?
Trois à cinq objectifs actifs, hiérarchisés. Au-delà, personne ne les suit ni ne les clôt, et ils deviennent une liste d'intentions. Les autres attendent : un objectif inactif n'est pas perdu, il est en file.
Que faire quand un objectif n'est pas atteint ?
Trois suites, toutes légitimes et toutes à écrire : ajuster le niveau d'un cran, changer de levier — trois mois de travail ciblé sans évolution mesurable disent que la rééducation n'est peut-être plus la bonne réponse —, ou clore l'objectif s'il n'a plus de sens. Ce qui ne se fait pas, c'est le laisser ouvert indéfiniment.

Des objectifs qui se suivent et se clôturent

Dans ErgoExercices Pro, les objectifs se posent par patient avec leur statut, leur priorité et leur progression, et se rattachent aux séances — de quoi produire un bilan de renouvellement qui démontre au lieu d'affirmer.

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Rémi ALTINA, ergothérapeute D.E.

Écrit par

Rémi ALTINA

Ergothérapeute D.E., fondateur d'ErgoExercices

Cabinet ALTERGO34, Castries (34)

Quinze années passées dans un groupe de santé du Languedoc-Roussillon sur la réadaptation et le maintien de l'autonomie, puis l'installation en libéral. Il intervient aujourd'hui auprès d'enfants, à leur domicile comme dans leur établissement scolaire, et les accompagne notamment dans l'intégration des outils numériques facilitateurs.

Il a créé une app de lecture adaptée, Les P'tits Monstres DYS, distinguée par le Trophée RSE AXA Sud-Est dans la catégorie Prévention, ainsi qu'ErgoExercices, pour optimiser le suivi des patients et faciliter la rédaction des bilans. Père de trois enfants.

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